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 5.3.3 L’identité et les langues « obligatoires »… ou interdites

5.3 Comment utiliser une langue ?

 

 Les langues que l’on doit parler

Parfois la langue est obligatoire. C’était le cas dans les cours de récréations de Flandre, il était obligatoire de parler le flamand et ceux qui parlaient le français étaient punis. Parfois, elle est considérée comme nécessaire. Comme le dit un participant africain « ne va-t-on pas se mettre à coté du développement si on ne parle pas le français de  ? ». En Pologne, le français est la langue de la culture et de l’amour, parlé par les femmes et les milieux aisés.

Même en parlant 7 langues on peut être considéré comme analphabète par exemple au , si on ne maîtrise pas assez le français ou l’anglais. Pourtant ce n’est pas une question d’expression car en on parle plus facilement une langue même si on ne la maîtrise pas totalement. Pour certains « la réintroduction sans règle [des langues locales] dans le français constitue la meilleure façon de parler cette dernière ». C’est souvent le contraire pour les  français qui n’osent pas s’exprimer si ils ne parlent pas parfaitement une langue…

Les langues que l’on ne doit pas parler

Parfois, les mêmes langues comme le français doivent être parlées (sous peine d’amende dans un des services d’une institution malienne) ou bien au contraire vont desservir celui qui la parle (au , sur le marché, si on parle le français on paye 44 ou 5 fois le prix par rapport à ceux qui parlent le Pidgin[1]).

Parfois, l’animosité qui se traduit par le refus de la langue est tournée vers un colonisateur extérieur comme c’est le cas parfois du français en en particulier avec  les anciens « je n’essaie pas, je n’ai rien à faire avec le français. Je ne suis pas un toubab (un occidental). Moi, je ne vous envie pas du fait que vous vous prenez pour des toubabs ». Pourtant, l’acceptation de la langue française semble dépendre plus du niveau d’étude que de la vision du colonisateur comme le dit un autre ancien qui lui a étudié : « Notre époque n’a rien de semblable au vôtre. Du temps de Senghor, la langue française était presque sacrée. Nous la parlions tous de la façon la plus académique possible. Syntaxe, grammaire, conjugaison, tout était respecté, se glorifie-t-il ». Pour les populations plus jeunes, il est nécessaire de parler un peu le français même si elles n’ont pas fait d’études : « je m’exprime difficilement en français. Je n’ai jamais fréquenté l’école. Pour communiquer avec une personne qui ne comprend pas ma langue, je me débrouille en utilisant la communication gestuelle ».

Parfois l’envahisseur n’a pas imposé sa langue, mais il peut avoir un impact sur la cohabitation même des langues dans le . Le chanteur wallon, Carlos Beaucarne explique ainsi : « avant la Guerre de 40, les gens riches, en Flandres comme en Wallonie, parlaient français [...] c’était la langue de l’élite. Pendant la guerre, il y a eu beaucoup de Flamands qui ont été faits prisonniers, et beaucoup de Wallons, mais les Flamands ont été délivrés beaucoup plus vite parce qu’ils parlaient une langue qui était proche de l’allemand. [...] ça a créé [...] une sorte de frisson qui a activé l’animosité entre les deux ». Pourtant l’identité se fait sur des langues qui ne sont pas celle des peuples ! « L’identité Belge, c’est d’abord les langues évidemment, il y a la langue flamande... […]...mais ce n’est pas leur langue, c’est ça qu’il y a de terrible. C’est la même chose pour nous en Wallonie. Nous autres, on parlait le wallon, et on nous a imposé le français ».

Pour éviter de parler une langue nationale, des mélanges se construisent. C’est le cas du Nouchi de (croisement du dioula et du français) parlé jusqu’en Europe, de l’anglais déformé de Jamaïque pour résister à « Babylon » (le pouvoir blanc), ou encore du langage des banlieues en . Il est intéressant de noter que le verlan (inversion des syllabe comme dans « relou » pour « lourd » ou encore « keuf » pour « flic ») a d’abord été inventé par les résistants français pendant la seconde guerre mondiale pour éviter d’être compris par les allemands qui parlaient le français. Ainsi ces « nouvelles langues » servent à la fois à ne pas utiliser la langue « officielle », mais aussi ne pas être compris en dehors de la communauté. Pourtant la plupart de ceux qui utilisent ces langues parlent souvent tout à fait correctement l’autre langue refusée.

…Ou encore, la langue  à enrichir

Pour Wikipédia[2] : « Dans une perspective sociolinguistique (étude des langues dans leur rapport aux sociétés), le terme « langue » définit tout idiome remplissant deux fonctions sociales fondamentales : la « communication » (c'est au moyen de la langue que les acteurs sociaux échangent et mettent en commun leurs idées, sentiments, pensées, etc.) et l'« identification » (de par son double aspect individuel et collectif, la langue sert de marqueur identitaire quant aux caractéristiques de l'individu et de ses appartenances sociales) ».

Si parler une langue ou ne pas en parler une autre est un élément d’identité plus que de communication, une autre possibilité consiste à enrichir la langue que l’on utilise. C’est le cas des « sénégalismes » qui ont été vus comme des « fautes de grammaires » par René Dumont ou au contraire que Léopold Sédar Senghor a réussit à faire accepter par l’académie française (l’essencerie, la dibiterie…), officialisant ainsi une culture en l’offrant à tout ceux qui parlent la langue.



[1] Le Pidgin du est une sorte de créole anglais dans un où il n’y a pas de langue nationale mais 210 langues régionales, et où tout le monde est bilingue franço anglais (même si les provinces elles-mêmes sont soit anglophones soit francophones. Exemple de Pidgin : « tu go où ? ». Voir aussi l’europanto, une plaisanterie lancée par Diego Marani, traducteur à l’Union Européenne où chaque mot de la phrase est dans une langue européenne différente : « Como heft vous discovered Europanto ? »

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