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 5.4.1 La fausse précision de la langue

5.4 Penser dans une langue

 

 En occident, la langue est perçue comme un moyen de transmettre le plus précisément possible une idée que l’on souhaite communiquer à l’autre. De ce point de vue, la langue écrite est souvent perçue comme moins ambiguë que la langue orale. Mais cela nous leurre et nous laisse à penser qu’une fois écrit et accepté par les autres un texte est précis et qu’il est possible d’en lever toutes les ambiguïtés. D’ailleurs des distinctions qui existent dans certaines langues n’existent pas dans d’autres. Par exemple, l’espagnol distingue deux verbes être : « ser » (« je suis un homme ») et « estar » (« je suis bien aujourd’hui »). Une des pistes consiste à inventer des mots nouveaux pour penser de nouveaux concepts, comme le propose le « dico du futur[1] ».

Certaines expressions françaises utilisées au servent à traduire littéralement des mots wolof qu’on ne trouve pas en français. C’est le cas par exemple de « cousin de plaisanterie » (« Kal » en wolof) pour désigner une personne à qui on peut tout dire sur le ton de la plaisanterie, ou bien encore « couteau à double tranchant » (traduction littérale d’une expression wolof) pour indiquer quelqu’un qui sème la discorde entre deux individus ou deux groupes d’individus. Le « coaxeur » (rabbateur de client au ) est même issu de l’anglais to caoax (enjôler).

C’est pseudo précision de la langue sert de fondement au droit anglo-saxon qui est basé sur « la lettre », contrairement au droit latin basé sur « l’esprit ». Le pragmatisme anglo-saxon permet de s’accommoder des difficultés d’interprétation d’un texte en s’adaptant à posteriori. La maîtrise également des limites de la langue peuvent servir d’arme pour convaincre quelqu’un[2].

Ainsi, les « conditions d’utilisations » que presque personne ne lit, permettent de prémunir les fournisseurs en demandant simplement aux utilisateurs de cocher la case qui indique qu’ils ont lus et compris leurs conditions ». Il en va de même des manuels d’utilisations qui servent de moins en moins aux utilisateurs de guide et de plus en plus aux fournisseurs de garantie, avec de longs chapitre sur ce qu’il ne faut pas faire.

Le chinois, au contraire, assume l’ambiguïté de la langue. Mieux encore, dans la langue orale, beaucoup de mots se prononcent de la même façon (un mot est en général un phonème, et même si le nombre de phonèmes est plus important que dans les langues occidentales, grâce notamment à l’accentuation, beaucoup de mots se prononcent de la même façon). Ainsi, un des objectifs de la langue chinoise est avant même de vouloir communiquer sa propre pensée, de pouvoir montrer à l’autre que ce qu’il vient de dire peut être compris autrement. Le chinois est plus encore une langue à penser qu’une langue pour communiquer[3].



[2] Voir Normand Baillargeon, Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux 2006

[3] Culture et écriture chinoise, rencontre avec Jean-Michel Guitaud : http://www.cornu.eu.org/news/65

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Commentaires

Excellent article sur la "La fausse précision de la langue".

 

  • defiscalisation immobiliere
  • Dimanche 01/03/2015
  • 11:19
  • [^]
  • Répondre
 

Bravo pour l'article !

 

 

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