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 Radio IssaBer, la radio du grand fleuve

Cheikh Maïga - Tombouctou - Mali

Note : 2.5/5 (11 notes)

 

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Cheikh Maïga, directeur de Radio Issaber  "Radio IssaBer, la radio du grand fleuve."

La région de Niafunké, située à une centaine de kilomètres en dessous de Tombouctou, au nord du , recèle de véritables trésors musicaux. La ville a été rendue célèbre par l’un des plus grands musiciens maliens du XXème siècle, Ali Farka Touré, ainsi que par son neveu, Afel Bocoum. Quelques mois après le décès de celui qui a réconcilié l’Afrique et les Etats Unis en ramenant le blues « à la maison », sur les bords du , la radio Issa ber « le grand fleuve » en songhaï, fait résonner sur les ondes les rythmes du blues songhoye, peul ou tamasheq. Interview avec Cheikh Maiga, le directeur passionné et passionnant de radio Issaber.



Photo © E. Chabasseur

Cheikh Maïga, pouvez vous présenter la radio IssaBer ?
Radio Issaber est une radio qui existe depuis 1999 et qui émet sur 96.3 FM jusqu’à Tombouctou. Nous avons deux grilles par an, et émettons de 9h à 12h, puis de 17h à 22H, ou de 8h à 12h et de 17h à 23h. Les deux grilles correspondent aux saisons des cultures. Après les récoltes, les jeunes descendent vers le Sud, travailler en ville et reviennent en juin pour la période des semis. Nous accordons une grande importance aux problématiques locales, comme l’agriculture, la décentralisation, mais aussi bien sûr la musique, qui est une variable culturelle essentielle de la région.

Vous accordez une grande importance aux musiques traditionnelles, comment les musiciens des villages se rencontrent ils?
Lors de grands évènements de la vie locale, comme les foires, les marchés, ou les semaines artistiques et culturelles qui se déroulent chaque année, tous les musiciens des villages environnants se retrouvent. Ali Farka Touré a d’ailleurs commencé par ces semaines artistiques locales, avant de passer au niveau régional, puis national, jusqu’à arriver à Radio dans les années 60. Beaucoup de musiciens se font "repérer" dans ces concours locaux et certains font une carrière ensuite... Nous à Radio Issaber, nous partons là bas avec des dictaphones, captons les sons sur cassette, puis diffusons à l’antenne ces musiques qui ne seront jamais enregistrées autrement que par nous...
Mais vous avez vu qu’en ville, à Niafunké, c'est différent, « les petits » d’Afel Bocoum, les Alkibar Junior, se retrouvent après leur journée aux champs pour jouer sur la terrasse de la maison d’Ali Farka Touré...

Quels sont les instruments les plus utlisés dans la région ?
Principalement autour du fleuve, on trouve la guitare traditionnelle, la monocorde ou le njarka, mais aussi la calebasse, ou d’autres instruments qui tendent à disparaître... Alors nous on met l’accent là dessus. Le pigini, par exemple. Ce sont de vieilles boîtes de tomates, sur lesquelles on met des lamelles de ferraille...Cela peut s’apperenter au piano à pouces (ou sanza ndr). Avec le modernisme, les gens ont tendance à préférer la guitare... Mais les gens l’apprécient beaucoup, les sages notamment....et comme la radio a redonné de l’importance à cet instrument, des jeunes se sont mis à le fabriquer de nouveau et à en rejouer...




Photo © E. Chabasseur

Musicalement, quels sont les tendancent qui prédominent dans la région ?
En fait, la région de Niafunké est à la fois un carrefour et en même temps assez enclavée...Beaucoup de gens n’ont jamais voyagé, du coup on ne pourrait pas entendre à Bamako la musique qu’on trouve ici. Il y a un vrai terroir musical propre à Niafunké, et les gens y sont très attachés.... Cela passe par les instruments bien sûr : la guitare monocorde, le njarka, le violon traditionnel, la calebasse. Nous sommes au coeur de la région du monocorde, c’est sans doute dû à la présence du fleuve. Près de 80% des joueurs de monocorde disent avoir un rapport mystique avec l’eau, le fleuve. Ali Farka lui même a toujours insisté sur le côté spirituel de sa musique et sur ses liens très forts avec les génies du Ghimbala, les génies du fleuve. D’ailleurs dans nos recherches, nous n’avons pas trouvé un seul joueur de monocorde qui n’était pas lié à un village attenant au . En dehors de cela, nous avons les rythmes peuls et songhaï, des rythmes où les messages ont une importance particulière. Ainsi, nous avons aussi nos slammeurs, des griots qui chantent l’histoire de la localité sans instrument, des orateurs qui ont du rythme dans la voix...Du côté des femmes, il y a aussi des sons très originaux, liés aux battements de mains et au chant...La région est vraiment très riche en terme de rythmes et de messages. Ces musiques sont faites pour être écoutées la nuit, ou dans le petit soir...

Les jeunes sont ils tournés comme ailleurs au vers les rythmes plus modernes comme le coupé décalé par exemple ?
Oui bien sûr. Nous avons d’ailleurs une émission qui s’appelle « l’Autoroute de l’ambiance », inspirée de l’émission Couleurs Tropicales de Claudy Siar sur RFI, où nous passons davantage de musique moderne internationale et africaine. Mais la spécifité de radio Issaber est au niveau musical, de revaloriser notre patrimoine, et les jeunes d’ici aiment aussi passer leurs nuits avec de la musique traditionnelle...


Propos recueillis par Eglantine Chabasseur
Source : Musiqualité.net

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