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 4.4 Jean-Christophe : une expérience d’animation autour de la musique

4- Témoignages subjectifs des acteurs

 

 De Charenton-Le-Pont, Val de Marne, à l’Institut Français de Madrid…

Septembre 2009, mon ancien collègue et ami de toujours Norbert, professeur à l’IFM, m’écrit pour m’inviter à l’assister dans un nouveau projet qu’on vient de lui proposer : il s’agirait de « prendre en charge l'animation d'un réseau culturel (interculturel) pour la partie chansons et musiques ». Traducteur indépendant spécialisé dans les nouvelles technologies, il m’apparaît que ce concept – à priori troublant – d’interculturalité n’est finalement pas sans rapport avec mon activité quotidienne : faire entendre à d’autres (les lecteurs) ce que d’autres encore (les rédacteurs) entendent par leurs écrits. Et puis la perspective d’être « missionné » pour parler de musique et de chanson… m’enchante. Je ressens néanmoins le besoin de lester mon profil de simple amateur passionné en conviant mon amie Brigitte, programmatrice de concerts sur la scène parisienne alternative, à participer à l’aventure en me faisant partager sa connaissance directe du milieu des artistes émergents. L’équipe est au complet, et la première note n’a pas encore retenti que le projet Interculturel a déjà changé ma vie !

Reste que le projet Interculturel va déjà bon train, et qu’il s’agit donc de prendre un train en marche… mais pour quelle destination ? Les premiers mois seront surtout un effort sans fin pour appréhender la genèse, l’architecture et, surtout, la finalité du projet Interculturel.

Découverte du projet : site Interculturel, listes, flashmeetings…

Animation, production collective de ressources… tout cela en virtuel.  Se pose alors la question clé des outils de communication, de collaboration et de publication.

Fin 2009, longues séances de navigation sur le site Interculturel, d’île en île… En quête moins de trésors cachés, de perles dormantes que d’une étincelle pour allumer le feu sacré. Deux silex, deux mains qui s’en saisissent, et je saurai ce qu’il me reste à faire. Mais il faut se rendre à l’évidence, la vérité du projet Interculturel est ailleurs.

Le premier flashmeeting auquel je participe a justement trait à la refonte du site. Je découvre ce dispositif de vidéoconférence en ligne, qui est aussi ma première occasion d’interagir en direct avec le comité de pilotage, de mettre des visages et des voix sur des noms, de donner corps au projet. Première impression réconfortante de cordialité, accueil bienveillant, confiance à priori envers un parfait inconnu. Les choses se gâtent au moment d’intervenir : la transmission unidirectionnelle de la voix, et le système de tours de parole, s’avèrent très déstabilisants pour qui n’est pas rompu à l’exercice, à fortiori un ours de traducteur habitué au recul de l’écrit. Un autre témoignage a parlé à ce propos de « voix sans oreilles », pointant un déficit d’écoute. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est, à l’inverse, la difficulté que j’ai ressenti à parler sans pouvoir entendre les autres, leurs réactions, leur silence même. Il faut pour cela être capable de parler tout seul, et ce n’est pas donné à tout le monde. Mais le déclic se faisait toujours après coup, et si je n’ai guère participé aux débats, j’ai beaucoup écouté (puis réécouté à tête reposé) les uns et les autres, jusqu’à entendre enfin la « musique » du projet.

Veille Interculturel

Premier angle d’intervention : exposer le projet à un flux diversifié d’informations sur le monde de la musique et de la chanson : actualité de la scène artistique, nouvelles chansons, nouveaux artiste, etc., resitués dans une perspective interculturelle, dans le but de nourrir et d’incarner notre réflexion, de susciter des idées, des échanges, des envies. Cela nous a conduit à découvrir le potentiel des agrégateurs de flux RSS (en l’occurrence, Google Reader) dans le cadre des projets collaboratifs.

Notre vision d’alors : une veille organisée en réseau, ou chaque participant filtrerait régulièrement sa propre sélection de sources d’actualités, prélevant au passage un article pour le placer avec un commentaire dans sa « liste partagée », où les autres participants pourraient à leur tour réagir et commenter l’article, et ainsi de suite jusqu’à sa publication sur le site Interculturel. Ce projet particulier n’a pas pris mais l’idée est à retenir si j’en juge par l’intérêt du matériau que nous avons pu récolter en un temps relativement bref[1]. Elle suppose toutefois une communauté d’intérêt actif pour le thème suivi, et sans doute un véritable atelier de lancement pour organiser le dispositif.

Le groupe Interculturel (réseau social de la Fing)

Le second volet était naturellement la production collective de sur un ou plusieurs thèmes. Parmi les différents axes de travail proposés fin mars 2010, un consensus s’est formé autour du thème « Chacun sa , chacun son refrain », lancé sur le réseau social de la Fing (groupe Interculturel ).

La plateforme du réseau social Fing donnait une belle visibilité à ce projet pourtant singulièrement « décalé » par rapport aux autres groupes du réseau social. 

Ce groupe a reçu des contributions de qualité et permis à chacun de mettre un peu de soi-même, de ses goûts, de son histoire personnelle. Pour ma part, j’aurais aimé écrire davantage et je conserve encore de nombreuses ébauches de dans mes cartons, mais il m’a fallu passer le plus clair de mon temps à susciter des contributions et à guider les contributeurs jusqu’à la publication (problème notamment d’apprentissage de l’éditeur).

Une déconvenue d’ordre technique : le système de notification ne permettait pas d’informer les commentateurs des réactions à leurs commentaires, ce qui empêchait de créer une dynamique de discussion… Le fait est qu’on ne « vit » pas sur le réseau social Fing comme certains vivent sur Facebook, et qu’il faut donc être incité à revenir.

Autre regret personnel, la quasi-absence de contributeurs Africains, pourtant largement représentés sur correspondants.org. Bien que virtuelle (ou peut-être parce que virtuelle), la participation au groupe semble avoir largement reposé sur le lien de proximité par rapport à l’équipe d’animation (relations directes, professionnelles ou amicales, etc.).

En revanche, le travail de Brigitte auprès de ses contacts artistes a porté ses fruits et, vers la fin de la période d’activité du groupe, plusieurs chanteurs sont venus publier et commenter leurs chansons sur Interculturel . Nous aurons vu ainsi un début de réalisation de la vision de départ : faire du groupe Interculturel un lieu de rencontre entre de jeunes artistes et leur public, et cela donne envie de renouveler l’expérience en tirant les leçons d’une réussite en demi-teinte.

Atelier Interculturel à Lift’10 Marseilles

L’atelier Interculturel organisé dans le cadre de l’événement Lift 2010, auquel nos contacts de la Fing Jean-Michel et Denis m’ont fait l’amitié et l’honneur de m’inviter,  m’a permis de mesurer l’immense apport de la rencontre en présentiel par rapport à une animation en ligne.

Je suis aussi très reconnaissant à Denis, qui avait pris le temps au téléphone de me présenter avec sa sensibilité coutumière la plupart des participants à l’atelier. Ces indications m’ont permis de vivre pleinement ce grand moment de rencontre.

Outre le plaisir des trois journées passées avec l’équipe Correspondants, j’ai été réellement ébloui de voir se confirmer à ce point le potentiel du thème la chanson comme déclencheur de parole, y compris auprès de participant Lift, pour lesquelles l’atelier Interculturel n’était qu’un événement accessoire. Pris dans l’intensité de l’instant, je n’ai pas suffisamment anticipé l’exploitation ultérieure de l’événement, que je m’étais représenté comme une simple présentation de nos travaux alors qu’il aurait pu être le point de départ d’une nouvelle tranche du projet.

Sur le plan technique, j’ai souffert de mon manque d’entraînement à la prise de notes manuscrites en , de sorte qu’il m’a fallu choisir : animer ou noter. A défaut de pouvoir enregistrer les débats (peu envisageable vu le nombre de participants), mon ordinateur portable m’aurait sans doute permis de conserver plus de traces de ce moment. Jean-Michel a heureusement bien compensé cette lacune, et ses notes extrêmement fournies donnent une idée de la richesse des échanges, où la contribution des représentants du continent Africain a été décisive.

Enfin, je garde un excellent souvenir de la série d’interviews réalisées en marge de Lift avec Dimanche, du – le privilège de collaborer avec un grand professionnel de la réalisation, qui a l’art de mettre les personnes en situation pour donner libre cours à la parole.

Epilogue

Annoncé à l’issue des journées Lift, le retrait du groupe Interculturel de la plateforme réseau social de la  Fing m’a laissé sur un sentiment mitigé. Découragement d’abord, car cela signifie que le temps passé à me former et à former les contributeurs sur cette plateforme a été investi en pure perte. Mais aussi soulagement d’abandonner une position somme toute difficile à tenir, le groupe Interculturel n’étant pas vraiment dans la ligne thématique du réseau social Fing (voué aux implications et applications sociales des nouvelles technologies), et finalement peu adaptée au type d’interactions recherché pour ce projet spécifique. Si l’expérience devait se poursuivre ou se renouveler, j’aurais désormais de solides arguments pour préconiser une plateforme plus intégrée dans le quotidien des contributeurs potentiels.

Déconvenue aussi en entendant parler de « bouclage » et de « synthèse » pour un projet qui, dans mon esprit, est à peine ébauché et n’a livré qu’une infime portion de ses résultats potentiels… Eternelle difficulté à ajuster mes rythmes personnels au cycle de vie d’un grand projet institutionnel.


[1] voir le fil de veille sur la page d’accueil du groupe Interculturel  : http://www.reseaufing.org/pg/groups/19732/interculturel-musiques-et-chansons/

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