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 La Musique au Mali

Note : 3.2/5 (8 notes)

  • Lundi 02/03/2009
  • 10:05
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Carrefour musical

Du Néo traditionnel aux hybrides modernes

Source : Helène Lee sur RFI Musique

La richesse musicale du Mali est incontestable. Les courants traditionnels de ce pays croisent depuis longtemps les genres musicaux occidentaux. Avec RFI Musique, faites un tour d'horizon de ce qui constitue la diversité de la création musicale au Mali.

Le Mali, au coeur de l'Afrique de l'Ouest, est le carrefour d'innombrables pistes, Nord-Sud, Est-Ouest, sans parler du fleuve Niger, véritable autoroute du Sahel. Aussi le pays regorge-t-il de cultures, qui ont engendré des styles modernes d'une incroyable diversité. La colonisation, qui n'a pénétré la région qu'à l'extrême fin du XIXème siècle, n'a pas eu le temps de faire trop de ravages: lorsque le Mali devient indépendant, en 1960, tous ces styles sont encore vivants.

 

Mais à partir des années 60, le pays va développer une série de genres hybrides, sur le modèle des musiques électrisées qui, depuis les années 50, fleurissent au Ghana, au Congo ou en Afrique du Sud (hi-life, rumba, marabi...). Au Mali, cette tendance "néo-traditionnelle" va peu à peu évoluer jusqu'aux hybrides que nous connaissons aujourd'hui, proches de la variété internationale ou de la techno - mais toujours fortement imprégnées de la tradition africaine.

LES PRINCIPAUX STYLES NEO TRADITIONNELS

 

 

Le "classicisme mandingue"L'empire mandingue de Sundjata (XIIIème siècle) couvrait une zone immense, de Casamance jusqu'au Burkina Faso ; ses griots, une caste de musiciens entretenue par la noblesse, avaient beaucoup d'influence. Ils sont, aujourd'hui encore, protégés par l'élite de leur ethnie, friande d'épopées accompagnées à la kora ou au balafon (Fanta Damba, Amy Koita etc...) et de fusions jazzy. Mais au début des  années 60 intervient, en Guinée voisine, une révolution de la musique mandingue, transformée en outil de propagande anticolonialiste par le premier président Sékou Touré. Ce "classicisme mandingue" va à son tour inspirer le Mali, avec la création, à partir de 1970, de plusieurs formations électrisées qui revisitent ce répertoire, en particulier le Rail Band, le Badema et les Ambassadeurs du Motel.

Aujourd'hui encore, le marché des musiciens du groupe mandingue (malenkés, bambaras, dioulas...) s'étend sur plusieurs pays. Un Salif Keita est adulé de Conakry à Abidjan (tout comme le sont, pour la même raison, le Sénégalais Ismaël Lô, le Guinéen Mory Kanté ou l'Ivoirien Alpha Blondy). Le guitariste Habib Koité, lauréat des Découvertes de RFI, est l'un des tenants de cette tradition. Le déclin du "classicisme mandingue" interviendra dans les années 90, lorsque la jeunesse malienne, lassée de l'hégémonie politique mandingue et de son cortège de musiciens de cour, se tournera vers la musique du Wassolou.

 

La musique du Wassolou
Au Wassolou, les chanteurs ne sont pas des griots : pas de louange des puissants, mais des textes sur les problèmes des jeunes, des femmes, sur l'opinion des trottoirs. Leurs rythmes, plus "chauds", sont aussi plus dansants que ceux des Mandingues. Quant aux mélodies, l'influence peule leur donne des tonalités orientales. C'est ce qui fera la force d'une Oumou Sangaré, tête d'affiche d'un mouvement foisonnant. Mais la région est riche en styles divers, comme les balafons de Sikasso ou les musiques de chasseurs. Nahawa Doumbia, l'une des premières lauréates de Découvertes, a longtemps été rattachée à cette zone, bien que son rythme, "didadi", soit différent de celui d'Oumou. Remarquable aussi la vogue du kamale ngoni ("ngoni des jeunes") : cet instrument apparemment traditionnel - c'est un ngoni de chasseur augmenté d'une corde - a été inventé il y a une quarantaine d'années seulement par des jeunes, pour animer leurs fêtes.

Les musiques du désert
Les immenses étendues semi-désertiques qui occupent tout le Nord du Mali ont vu se succéder plusieurs empires, dont le puissant empire Songhai ; mais la région héberge un grand nombre d'autres cultures, qui toutes, ont leurs styles propres. De la boucle du Niger est issu l'un des musiciens maliens qui a eu la plus grande diffusion internationale : Ali Farka Touré clame que le blues est né chez lui, à Niafunké, et de nombreux bluesmen se reconnaissent dans son jeu de guitare. Le blues est aussi l'influence majeure de Lobi Traoré, un chanteur Bambara. Mais aujourd'hui d'autres styles émergent, notamment celui des rebelles Tamacheks (ou Touaregs) qui, durant la guérilla des années 90, ont développé un style de poésie chantée accompagnée à la guitare électrique. L'album de Tinariwen, en 2004, a mis cette musique méconnue sur la carte du monde.

LES HYBRIDES MODERNES

Pop : Dès les années 60, les orchestres des night clubs créaient, pour un public d'expatriés et de nouveaux riches, toute une gamme de styles hybrides. Pop, rock, chanson française eurent ainsi leurs rejetons locaux. La salsa eut son heure de gloire, et plusieurs musiciens allèrent étudier la musique à Cuba. Un arrangeur comme Boncana Maïga garde la marque de ses années là-bas. Aujourd'hui, la vogue d'Amadou et Mariam prolonge cette veine festive et bon enfant, faite de chansons faciles à chanter et d'arrangements consensuels.

 

Jazz : Les griots, grands improvisateurs devant l'éternel, ont souvent été attirés par le jazz, dont ils reproduisent le mode de fonctionnement, mais sur la base de leurs propres thèmes. Toumani Diabaté, avec sa kora modernisée, est l'archétype de cette tendance (comme son confrère  Mamadou Diabaté, Kélétigui au balafon, Moriba Koita ou Bassékou Kouyaté au ngoni, etc...). Cette branche a déjà donné de vraies merveilles.

 

Reggae : Le Mali, avec ses traditions fortes, a longtemps boudé le reggae. Mais dès la fin des années 80, un Askia Modibo lançait la tendance, et aujourd'hui Bamako compte plusieurs studios spécialisés dans le reggae, dont celui de l'Ivoirien Tiken Jah Fakoly, exilé là-bas, et celui de Manjul, un virtuose du dub.

Fusion world : Beaucoup de musiciens maliens ont pu bénéficier de l'appui des festivals "world" français, eux-mêmes soutenus par le public captif de la diaspora. Ces festivals ont permis à leurs protégés d'élaborer des fusions adaptés à l'écoute internationale. A St Denis, Africolor a notamment inauguré un intéressant travail de remixes à partir de la musique de Nahawa Doumbia ou du balafoniste Neba Solo. Mais c'est Musiques Métisses, à Angoulême, qui a tiré le gros lot avec la jeune Rokia Traoré, dont la musique acoustique et l'incontestable charisme ont séduit les foules.


Source : Helène Lee sur RFI Musique


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